Allocution d’ouverture du colloque international sur la promotion de la participation politique et économique de la femme dans les pays de l’Afrique du Nord

Mesdames et messieurs

Honorables invités,

Chers ami (e) s

Bonjour et bienvenu (e) s,

C’est un grand plaisir pour moi de m’adresser à vous dans le cadre de cette séance d’ouverture de notre colloque international sur la promotion de la participation politique et économique de la femme dans les pays de l’Afrique du Nord. Un sujet qui nous interpelle plus que jamais eu égard du rôle de la femme dans la société et des contraintes qu’elle affronte pour garantir son émancipation de juré et dans les faits. Un sujet sur lequel quelques avancées très inégales ont été réalisées dans nos différents pays ces dernières années. Des avancées symboliques pour l’essentiel puisque la présence de la femme dans les centres de décisions demeure encore marginale.

Dans ce registre de la symbolique, nos dirigeants excellent pour convoquer l’Histoire nationale et le rôle important de la femme dans les moments charniers de la longue lutte de notre peuple, le temps d’une célébration sans lendemains. L’évocation du courage et du sacrifice de Fadhma N’Soumer ou de Hassiba ben Bouali pour rester dans les plus citées dans le discours officiel algérien ne se traduit pas par des mesures politiques concrètes en vue de rétablir dans ses droits la moitié de notre peuple.

Pourtant, malgré la restriction des libertés et la répression contre les activités publiques, les femmes ont été de tous les combats pour la démocratie et l’égalité. A travers les organisations clandestines ou les collectifs féministes, les femmes ont été à l’avant-garde de la lutte contre le parti unique et la codification de leur infériorité à travers l’adoption du code de la famille par l’Assemblée du FLN en 1984. Objet de la haine intégriste, elles seront les cibles du déchainement des groupes islamistes armés durant toute la décennie rouge.

Au lendemain de l’indépendance, dans une société ravagée par la guerre, les privations, l’aliénation de 132 ans de colonialisme et le repli sur soi dans un conservatisme souvent instrumentalisé, les Algériens n’ont pas hésité à mettre leurs filles dans les écoles. Plus que cela, nos parents ne voyaient aucun autre salut pour sortir du sous-développement et du déclassement individuel en dehors de l’acquisition du savoir et de l’instruction équitable pour les garçons et pour les filles. C’est le pouvoir du parti unique, dans le souci de sa reproduction qui a bradé l’école des lumières pour la livrer aux forces rétrogrades montantes et en faire un lieu d’embrigadement idéologique qui renvoie la femme au moyen âge et assigne au citoyen le simple rôle de croyant en attente d’un paradis dans l’au delà.

Chers amis

Dans ce colloque, il sera aussi question de comparer les évolutions dans chacun de nos pays. En Algérie, pays que je connais le mieux, le pouvoir a introduit en 2012 des mesures transitoires garantissant des pourcentages ou quotas d’élues femmes à l’Assemblée nationale et dans les assemblées locales. Il n’en est pas de même au niveau du conseil de la nation (sénat), y compris dans le tiers désigné par le chef de l’Etat puisque seule 10 femmes ont été retenues et aucune femme élue, ce qui représente à peine 6% du total des membres de la chambre haute. Il en est de même pour le corps des walis et walis délégués où seules 03 femmes ont été nommées sur les 71 activant dans l’administration territoriale, soit 4%. Le corps diplomatique n’est pas en reste puisque, à ma connaissance, seules deux femmes figurent parmi les plus de 100 ambassadeurs représentant l’Etat à l’étranger. Je peux parler aussi du gouvernement ou des administrations et entreprises publiques où les femmes accèdent rarement aux hauts postes de responsabilité. Même si des femmes se sont imposées dans plusieurs domaines de la vie économique et sociale, notamment dans l’enseignement, la magistrature et la santé, elles restent largement marginalisées puisqu’elles ne représentent que 17% de la population active contre 82% pour les hommes selon des statistiques officielles. Pourtant, l’article 36 de la Constitution souligne l’engagement de l’État à « promouvoir la parité entre les hommes et les femmes sur le marché de l’emploi. L’État encourage la promotion de la femme aux responsabilités dans les institutions et administrations publiques ainsi qu’au niveau des entreprises ». Les chiffres cités, à titre d’exemples, démontrent qu’on est loin de la parité !

En un mot, la sous-représentation et la qualité de cette représentation des femmes dans le paysage social, économique et politique est une réalité flagrante. Les pays de l’Afrique du Nord ne peuvent pas et ne doivent pas rester en marge de l’évolution mondiale. Toutes les études sérieuses des organismes internationaux attestent que les niveaux de développement et de prospérité atteint par les pays sont proportionnels aux degrés de l’implication des femmes dans les politiques publiques, de sa formulation à sa mise en œuvre.

Personne ne s’y trompe, même dans les pays où par moment le pouvoir politique a manifesté la volonté d’aller de l’avant pour consacrer l’égalité, comme en Tunisie par exemple, partout où les progrès ont été obtenus, ils sont avant tout l’œuvre du dynamisme des collectifs féminins et des luttes démocratiques. C’est le cas notamment dans les années 1980. Les régimes en place, dans chaque pays, veillent plutôt à éviter « la contagion » dans tous les aspects liés aux progrès démocratiques arrachés dans l’un pays de nos pays. L’échange et la construction d’un réseau nord-africain sur cette question et sur d’autres ne peut que renforcer des synergies pour la reconnaissance complète et effective de la citoyenneté de la femme.

Un autre problème et non des moindres, est celui de la violence que subissent les femmes dans les foyers, dans les entreprises et dans les espaces publics. Si le phénomène n’est pas spécifiquement nord africain, en Algérie, par exemple, l’abandon, par les institutions de l’Etat de nombreux espaces publics comme l’école et les médias lourds au profit des forces rétrogrades, donne lieu à un bigotisme ambiant qui désigne la femme comme le mal absolu. Cette violence contre laquelle doivent se liguer toutes les forces de progrès est le thème transversal aux communications programmées pour cette journée.

Chers amis

Le RCD est un parti politique qui milite pour réunir la majorité autour de son programme politique. Il n’a pas pour vocation d’accéder au pouvoir au nom de la défense d’une question parcellaire ou sectorielle, aussi importante soit-elle. Notre combat pour le recouvrement de l’identité amazigh du peuple algérien et de l’espace nord-africain en général procède à la fois du rétablissement de l’Histoire de notre peuple et de l’égalité en droits de ses composantes cultuelles et linguistiques. Nous militons et nous revendiquons notre combat pour l’égalité en droits entre les hommes et les femmes parce qu’il n’y a pas de citoyenneté sans égalité juridique. C’est l’émancipation des peuples qui ouvre la voie au progrès, à la modernité et à la compétition politique démocratique.

Conscient des enjeux autour des franges opprimées de la population, le RCD, a, lors de son dernier congrès, tenu le mois de février 2018, mis en place des structures organiques pour les femmes et la jeunesse. C’est le rôle de ces catégories particulières d’investir le combat politique et d’en créer d’autres espaces. Parti progressiste, le RCD qui milite pour la promulgation de lois civiles pour tous sans aucune discrimination est partie prenante de ce combat.

Aujourd’hui, c’est-à-dire dans ce colloque, notre ambition est d’offrir aux femmes de nos pays un espace d’échanges et de débat qui établit des constats mais surtout qui fait place aussi au présent et à l’avenir. Une occasion d’échanger sur les multiples violences que subissent les femmes notamment le harcèlement au travail et dans la société, les mauvais traitements infligés par leur partenaire et, dans le milieu familial, les mariages forcés et précoces, le viol, les inégalités et discriminations dans l’accès à l’emploi et les niveaux de salaires…

C’est aussi un moment privilégié pour faire le point sur les luttes et les acquis et, mettre en relief la résistance et l’engagement incontestables de la femme pour la quête du progrès social malgré un environnement, institutionnel et social, dominé par des hostilités, les préjugés, les stéréotypes et autres normes sociales tel le confort octroyé par des situations acquises. Cette pédagogie de la régression est hélas largement véhiculée par une certaine tendance des médias publics ou parapublics.

Cette rencontre est aussi l’occasion d’échanger sur les moyens à mettre en œuvre pour donner plus de résonnance à un combat pour des droits et enfin une opportunité pour renforcer les liens entre acteurs des pays nord africains car plus que sur toute autre question, nous devons avancer ensemble sur ce sujet.

Pour ma part, je reste convaincu que les femmes doivent investir tous les espaces. S’engager dans la politique, briguer des postes dans les institutions politiques, dans les entreprises économiques, conquérir l’espace public…. C’est ce genre d’engagement qui a conduit des femmes dans un village de Kabylie, Ahrik, à concrétiser la construction et la mise en service d’un centre de soins en prenant en charge y compris son financement. Ce genre d’initiatives doit être encouragé, valorisé et démultiplié.

Les communicantes à ce colloque ont toute la compétence et l’expérience nécessaire pour nous entretenir sur les thématiques à l’ordre du jour. Elles sont universitaires ou, pour certaines d’entre elles, expertes sur la question. Elles ont occupé des hautes fonctions de responsabilités dans les institutions politiques pour d’autres. Elles sont surtout des femmes engagées.

Pour notre part, nous serons encore une fois aujourd’hui à l’écoute de vos analyses, questionnements et suggestions en relation avec les thématiques programmées dans ce colloque et nous nous engageons, je tiens à le redire, à multiplier ce genre d’événements et intégrer le fruit de nos échanges dans la feuille de route et le plan d’action de notre parti.

Je souhaite plein succès à vos travaux

Je Vous remercie

Mohcine BELABBAS

Président du RCD

                                                                                                                                                                               Alger, 15/09/2018

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