Allocution d’introduction de Mohcine Belabbas, président du RCD, aux travaux de la deuxième session du Conseil National

Mesdames et messieurs bonjour,
Nous tenons, aujourd’hui, notre deuxième session du conseil national après un congrès dont les débats qui y ont prévalu, les nouvelles mesures statutaires qui ont été adoptées et la qualité des invités nationaux qui ont pris part, rehaussée par la présence de nos amis nord-africains et subsahariens et leurs interventions lors de ce rendez-vous ont réhabilité une scène politique largement discréditée par les promesses vite démenties par les faits d’un régime sans légitimité et des oppositions qui hésitent entre entrisme et ralliement pur et simple.
Seul le RCD qui a su tenir sa ligne et ses valeurs pouvait relever un tel challenge. Depuis, notre rassemblement a enregistré une intense activité politique et organique. La restructuration du parti à la base a constitué l’essentiel de l’activité organique des bureaux régionaux et qui, pour certains, a été déjà couronnée par l’installation des conseils régionaux. Les dizaines de rencontres de proximité animées par des députés, des élus APW et APC et d’autres cadres du parti ont été des moments forts en échanges sur les bilans des élus et les perspectives de développements au niveau local et régional. La mise en place des instances dédiées avec, notamment, l’organisation du congrès des jeunes progressistes a été le théâtre d’une importante opportunité de mobilisation et de réflexion et l’occasion de renouvellement des potentialités.
Plus près de nous, la conférence nationale sur le droit du travail qui a réuni le monde universitaire et de nombreux dirigeants et militants de syndicats autonomes a permis aux participants de s’imprégner de l’importance et des objectifs d’un code du travail transformé en vue de prendre en compte les évolutions économiques et sociales à coté de garanties indispensables aux différents partenaires permettant de fluidifier les relations de travail. Devant la répression, les restrictions des libertés et des activités publiques, le RCD continuera à soutenir le monde syndical dans sa pluralité par tous les moyens dont il dispose. C’est le sens de notre engagement pour la démocratie qui suppose le droit à la libre représentation pour toutes les catégories sociales qui le souhaitent.
Nous avons, dans le même temps, réuni en colloque international des militantes et dirigeantes d’organisations des droits des femmes, venues d’Algérie, de Tunisie, du Maroc et de la Mauritanie. Le RCD qui met au centre de ses luttes et de ses objectifs, l’égalité en droits de tous les citoyens algériens œuvre pour que les revendications des femmes soient portées par le plus grand nombre. La tenue des assises des femmes progressistes projetée pour le mois de novembre doit permettre d’approfondir le débat sur les moyens de luttes et la mise en place d’un cadre organisationnel politique pour rationaliser et faire converger les combats.
La concrétisation, au mois d’avril, lors d’une réunion en Tunisie, du projet de création d’une instance nord-africaine des partis progressistes, contenue dans l’appel que nous avons lancé en marge de notre dernier congrès, a été une autre réalisation d’importance capitale pour l’avenir de notre région à l’actif de notre parti.
Dans le même mouvement de redéploiement, le RCD s’est aussi doté d’instruments de communication avec la stabilisation de sites d’information en arabe et en français. Nous nous sommes, également dotés de matériel audiovisuel et d’un studio d’enregistrement en vue du lancement dans les semaines à venir de notre propre web TV. Je n’ai pas besoin de revenir sur l’importance stratégique de telles acquisitions. Il suffit de constater l’ostracisme des uns et les manipulations des autres dans lequel nous font baigner de très nombreux médias pour savoir qu’il est pour nous de la plus grande importance de transmettre aux citoyens notre propre lecture des événements.
Chers amis
La dégradation des conditions de vie et d’hygiène publique, l’insécurité et la peur des lendemains s’exacerbent. Pendant ce temps, ce gouvernement apte à mobiliser, partout, des milliers de policiers surarmés pour étouffer et réprimer la moindre contestation pacifique, se complait dans le silence et l’abandon des populations. C’est tout juste si on ne nous dit pas explicitement que c’est pas la faute des citoyens quand les plages et les rues sont squattées par des armées de jeunes désœuvrés, des prix qui flambent, des cités jonchées par les immondices ou que des épidémies honteuses hantent les villes.
La multiplication des sites insalubres dans nos villes est un fait visible et les odeurs nauséabondes étouffent l’atmosphère jusque dans les maisons: égouts à ciel ouvert dont la réparation s’éternise, y compris dans des quartiers de la capitale, eaux stagnantes, décharges publiques dans les périphéries, CET mal gérés… Ces endroits constituent des gites larvaires de moustiques et facteurs de propagation de virus et bactéries. C’est autant de foyers à l’origine de l’émergence des maladies transmissibles telles que la fièvre typhoïde, les hépatites, les dysentéries… et, depuis le mois d’aout, le choléra. Pour seule réponse, le ministère en charge de l’environnement organise une journée de volontariat avec renforts médiatiques et, comme toujours, des chiffres fantaisistes.
Toute la détresse des populations est illustrée par des hôpitaux-mouroir. Manque de lits, absence d’hygiène, malades entassés dans les structures d’urgences, pannes récurrentes du matériel et pénuries de médicaments, conditions de travail effroyables, le tout dans une indifférence ascendante à mesure que s’élèvent les échelons de la hiérarchie des responsabilités. A de rares exceptions près, aujourd’hui plus aucun responsable officiel ne se soigne dans le pays. Il y a même ceux qui optent pour l’Europe pour un simple accouchement ; le ministre de la santé lui-même donne le parfait exemple en envoyant sa femme en France pour un tel acte banal. Le décès à l’hôpital de Ouargla d’une enseignante universitaire, provoqué par la piqure d’un scorpion, témoigne de l’ampleur de la régression dans le secteur de la santé. Une situation qui pousse même les moins nantis des citoyens, au prix de lourdes dettes, à se tourner vers les cliniques privées ou à se déplacer en Tunisie ou en Turquie pour ceux qui le peuvent afin d’ accéder à de meilleurs soins. Dans certains cas, des citoyens organisent des quêtes publiques sur les routes pour envoyer des malades démunis et qui ont perdu espoir vers l’étranger.
Le pays s’enfonce chaque jour un peu plus dans la panne économique et le chaos financier. Ainsi, le marasme social, le chômage, la violence, le retour de ses maladies moyenâgeuses, le désespoir par rapport à l’avenir meublent le quotidien des citoyens. La fermeture de nombreuses entreprises locales et étrangères accentuée par des monopoles privés érigés à l’ombre de l’Etat rentier à travers le commerce extérieur alimente les licenciements économiques et les baisses de production. Les chefs d’entreprises qui ont gardé encore une autonomie et des capacités à investir subissent au quotidien les entraves d’une administration aux ordres de lobbies tapis dans le sérail et, à l’instar du groupe CEVITAL, sont parfois victimes de scandaleux sabotages de leur projet par des violations de loi comme digne d’une république bananière. Le signal délivré à tous les investisseurs, notamment étrangers, est tout simplement désastreux.
La situation des droits de l’homme n’est pas en reste avec la poursuite de la réduction de l’espace démocratique, les arrestations arbitraires, des détentions abusives et des parodies de procès. L’approfondissement des inégalités dans la société, la lenteur et l’instrumentalisation de la justice à tous les niveaux, le népotisme, le clientélisme et la corruption implantée dans tous les appareils de l’Etat accentuent la déliquescence en cours.
Face à tant de souffrances et de malheurs et à une gouvernance défaillante, le gouvernement végète dans l’illusoire espoir d’un rebond des prix du baril et d’une hypothétique augmentation de la production en hydrocarbures avec l’introduction en toute hâte d’une nouvelle loi qui ouvre plus largement les surfaces pétrolifères à la concession. En attendant, la fonte de la valeur du dinar a réduit le pouvoir d’achat des Algériens à un niveau jamais atteint au point où des observateurs commencent à évoquer le syndrome vénézuélien. Cette optique est confortée par l’absence d’un agenda, d’une hiérarchie des priorités et d’objectifs en dehors de la recherche morbide du maintien du statu quo. La question est sur toutes les lèvres. Y a-t-il un pilote dans l’avion Algérie ?
Pour masquer la léthargie générale et l’inaction du gouvernement, le chef de l’Etat procède ( en tout cas les mesures sont énoncées en son nom ), après des semaines de campagnes faites de rumeurs insidieuses sur une supposé implication de hauts gradés dans les trafics de tout genre, à de spectaculaires limogeages, des nominations et autres mises en retraite surmédiatisées au sein de la hiérarchie sécuritaire. Ce qui pose la question des réelles motivations d’un tel remue-ménage dans une institution projetée plus que jamais au-devant de la scène. Au mépris des risques que cela comporte dans une conjoncture sécuritaire régionale incertaine, Bouteflika ne recule devant rien pour délivrer son double message. D’abord en direction des militaires eux-mêmes pour anticiper sur des tentations de démarcation, comme en 2004 (le syndrome Lamari a laissé des traces ), relativement à un mandat de plus à la tête de l’Etat. Le second est destiné à tous ceux qui seraient tentés par une contestation de rue à la veille d’une présidentielle à laquelle il est clair que sauf accident de santé, il va postuler encore une fois à sa propre succession en violation de la constitution, de l’éthique politique et en dépit de la raison et du bon sens.
A moins que ce même chef d’Etat, devenu otage de ses créations, ne serve de caution et paravent à d’autres ambitions.
Dans tous les cas la remise au devant de la scène de l’institution militaire comme objet ou prétendant à la reprise en main de la scène politique est une grave erreur aussi bien pour l’avenir du pays, privé de destin par la militarisation des mœurs politiques, que pour l’armée elle même. Le temps des coups d’Etat flagrants ou honteux est révolu.
Sur un autre plan, les bavardages de l’été pour un consensus d’appareils sur la participation au pouvoir et l’accès aux privilèges ont fini par exacerber une opinion publique dont l’espoir d’un renouveau a déjà été largement entamé par les tergiversations des « opposants » du pouvoir qui ne parvienne décidément pas à se poser en opposants au pouvoir. Le chef de l’Etat lui-même est réduit à quémander à des sigles de partis parasites la constitution d’un autre front pour – dit-il- « faire face au terrorisme, la corruption et le trafic de drogue afin de garantir la stabilité de l’Algérie face à toutes les manœuvres internes et menaces externes ». Cette stratégie de chantage à la sécurité, de suspicions entretenues et d’accusations de conspiration ne fait que fragiliser un peu plus le tissu social et cache mal un entêtement politique et un cynisme nourris par le déni pour perdurer en dépit d’échecs récurents et des terribles retards infligés au pays.
Etrange appel pour un régime qui a de tout temps encensé, béni, rétribué et couvert les abus et délits des hommes du pouvoir et qui en a même fait un critère d’accès aux privilèges et à la promotion. Un aveu d’échec sur le traitement des dossiers de corruption qui gangrènent les rouages de l’Etat, d’un trafic de drogue, qui a fini par installer l’Algérie dans le triste registre des pays narco-traficants et du terrorisme dont la charge relève des compétences et de la responsabilité politiques de l’Etat ce qui suppose, par définition, une pérennité de l’action publique adossée à la séparation des pouvoirs parmi lesquels l’indépendance de la justice. Un signe de plus qui dénote la vanité des slogans et l’absence d’idées quant aux initiatives politiques à entreprendre de la part du chef de l’Etat.
Chers amis,
Trêves de mensonges et de plaisanteries. C’est parce que des dirigeants de haut rang impliqués dans les malversations ont été soustrais aux rigueurs de la loi que le sentiment d’impunité s’est propagé et a gangrené l’ensemble des acteurs qui gravitent autour du pouvoir. C’est aussi le monopole politique qui a transformé et encouragé des élus des partis du pouvoir dans des initiatives et des transactions corruptrices. C’est également le non-respect des règles inhérentes à l’Etat de droit, le laxisme dans l’engagement des poursuites judiciaires qui ont provoqué l’expansion de la corruption.
Non, monsieur Bouteflika, vous savez bien, depuis longtemps, qu’on ne combat pas de tels fléaux ni par des discours lyriques ou moralisateurs ni par de simples opérations de propagande politicienne et, encore moins, par les fraudes électorales qui approfondissent à chaque fois un peu plus le sentiment d’illégitimité des institutions et la défiance des citoyens à leurs égards.
Venir à bout de ces fléaux pour les réduire à de simples faits divers comme dans de nombreuses sociétés démocratiques et apaisées, nécessite la mise en œuvre d’une législation appliquée de manière impartiale par une justice effectivement indépendante des pouvoirs politiques et des lobbies de tous genres. Pour cela et vous le savez également, rien ne peut se faire sans des procédures d’accès ou de désignation transparentes à tous les niveaux et de contrôle démocratique dans l’exercice de la responsabilité. Une telle réforme pour rénover les institutions et renouveler le contrat social est désormais inévitable pour stopper l’hémorragie ; elle est surtout antinomique du statu quo.
C’est aussi tout le contraire d’un consensus d’appareils. Non ce n’est pas d’un front populiste, candidat à la rente, de plus dont notre pays a besoin. Notre pays a besoin de clarté et de ruptures avec les pratiques et les slogans d’un autre temps, avec des hommes au passif chargé et qui nous ramènent sans cesse vers le passé. Le pays a besoin de renouveler son ambition et d’une vision d’avenir ; il a donc soif de nouvelles perspectives et d’acteurs de leur temps. Nous avons besoin d’un projet de rénovation de notre modèle social, d’un projet de rénovation de notre modèle économique rendu inopérant par le clientélisme bureaucratique, d’un plan qui encourage l’excellence et d’une politique qui réduit la pauvreté et le nombre, toujours grandissant, de laisser pour compte. Il a besoin d’un élan patriotique qui consacre le changement dans la gouvernance et dans la gestion de la chose publique.
Cela s’appelle un sursaut ou un front patriotique, pour l’éveil des consciences sur les périls qui nous guettent et la nécessité d’y faire face ensemble pour remettre le pays dans le sens de l’Histoire. Cela, surtout, implique un changement de système et non son lifting.
C’est dans cette perspective que le RCD inscrit son action !
Je vous remercie

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