Assises du PAD: Allocution de Mohcine Belabbas, président du RCD

 

Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs
Chers ami(e)s
Bonjour

Je tiens, tout d’abord, à remercier sincèrement toutes celles et tous ceux qui ont contribué et permis à ce que cette rencontre soit possible et remercier également chacun et chacune d’entre vous pour avoir répondu favorablement à l’invitation pour participer activement à ces assises de la démocratie et de la souveraineté populaire.

La révolution pacifique, qui traverse l’ensemble des régions du territoire national depuis le mois de février 2019, a abouti à l’éveil d’une conscience collective sur la nécessité d’une refondation nationale et l’affirmation de la volonté générale d’un changement de système politique. Imposé au pays, au lendemain de l’indépendance nationale, le système, encore en place, a causé trop de dégâts au fonctionnement des institutions et au pays. Il a provoqué d’innombrables problèmes et dans tous les secteurs dont l’éclatement du tissu social et des mouvements migratoires qui ont touché toutes les couches et toutes les franges de la société. Une situation qui ne peut mener, à terme, qu’à des conséquences périlleuses pour la Nation.

Ce système politique est mis à nu et ses tares sont connues de tous. Ces tares transmises, entretenues et inoculées à tout le pays ont mis en péril les conditions du vivre ensemble et mis à mal les liens de solidarité entre les membres de la collectivité nationale. Le Hirak a mis un terme à cette situation et a créé incontestablement les conditions d’un renouveau national. Le nouveau système, auquel aspire le peuple algérien, ne peut se résumer à une simple rotation de dirigeants qui tiennent les rênes du pays, depuis l’indépendance, avec leurs lots de promesses sans lendemains. Le Hirak est l’expression d’une société revenue des illusions de l’homme providentiel. Le peuple algérien sait qu’il n’y a rien attendre des manœuvres de ce système agonisant. Il réclame, à juste titre, des fondations solides pour un État de droit et une société de progrès pour tourner définitivement la page de la dictature militaire.

Personne n’avait imaginé qu’une révolution pacifique était possible dans notre pays et personne n’aurait parié sur l’ampleur et la longévité de la mobilisation populaire qui a mis en échec et déjoué toutes les tentatives visant à la briser. C’est là le signe d’une conviction ferme des Algériens pour un changement réel. Ceux qui s’empressent de décréter l’essoufflement du mouvement ou de feindre que les problèmes sont résolus, juste parce qu’un nouveau chef d’État a été imposé par le coup de force électoral du douze-douze, ne mesurent pas encore l’ampleur de la détermination populaire à ne plus laisser le pays replonger dans le statuquo et les pratiques du passé.

Il s’agit désormais de penser un nouveau contrat social synonyme d’un nouveau départ pour le pays. Pour réussir un tel défi, les élites et les structures organisées doivent se parler et se concerter pour trouver la meilleure voie qui garantirait le salut et le bien-être de la collectivité. En plus de la répression des libertés démocratiques, tout le monde pointe du doigt l’absence total de débats dans les institutions et dans la société. En dehors des monologues habituels du régime, rares étaient ceux qui s’aventuraient dans l’expression contradictoire au discours officiels. Les acteurs politiques, associatifs et autres universitaires qui osent une telle entreprise sont bannis des médias voire interdits des espaces publics.

Trop galvaudé par les dirigeants officiels, le dialogue national pluriel reste néanmoins une condition nécessaire pour rapprocher les points de vue et poser les bases fondatrices de la nouvelle Algérie. Le dialogue dont il est question ne doit pas être confondu avec les rencontres bilatérales ou autres visites protocolaires, convoquées par un chef de l’État en manque de légitimité, dans le but de servir de faire-valoir institutionnel à un pouvoir rejeté par plus de 90% des Algériens. Il ne doit pas être confondu, aussi, aux conciliabules, pour négocier une participation ou un partage du pouvoir, forme de corruption ou de compromission qui a prévalu jusque-là dans les mœurs du régime.

Il s’agit, pour nous, d’impulser une dynamique de débat national sur les grands dossiers relatifs au régime politique à mettre en place, à la justice, à l’organisation de l’État, à l’économie, à l’éducation nationale, aux questions énergétiques, à l’environnement et au rôle de l’armée… Un débat, de conviction républicaine, garantissant l’expression libre des aspirations légitimes des algériens à la liberté, à la justice, à la démocratie, au bien-être social… La diversité des points de vue doit être perçue comme source de richesse et d’opportunités et doit être utilisée comme levier au développement et au progrès.

Cette dynamique doit connaitre son apogée dans le cadre d’une conférence nationale inclusive dont les résolutions seront scellées dans un projet de constitution qui prendrait en charge toutes les revendications populaires exprimées par le Hirak et qui fixerait les orientations de l’Algérie nouvelle. Le dernier mot reviendra évidemment au peuple souverain qui donnera son quitus à la nouvelle constitution à travers un référendum libre et transparent. C’est le sens que nous donnons au processus constituant.

Le défi de la remobilisation pour la construction du pays, de la reviviscence du sentiment patriotique et du rétablissement de la confiance dans le corps social est à ce prix. Vous le savez tous, il s’agit de l’avenir immédiat et futur de notre pays. A ce sujet, loin du dogme mais dans l’intransigeance quant à la consécration de toutes les libertés, du caractère social et républicain de l’État et de la souveraineté du peuple, le RCD ne ménagera aucun effort.

Vivre l’Algérie libre et démocratique.
Alger, le 25 janvier 2020