Allocution de Mohcine Belabbas au congrès constitutif des femmes progressistes

Mesdames et Messieurs Bonjour

Permettez-moi d’abord de saluer votre engagement et votre mobilisation pour la deuxième fois en l’espace de deux mois pour venir en si grand nombre assister à ce congrès après avoir fait l’actualité durant le colloque international sur la promotion de la participation politique et socio-économique de la femme nord-africaine, le 15 septembre dernier.

Comme vous le savez déjà, l’objet de ce congrès est la mise en place de l’instance des femmes progressistes décidée par le dernier congrès du parti. Une instance dont la mission est d’œuvrer à organiser les luttes pour impulser des combats en faveur de l’égalité en droit et pour la fin des discriminations sexistes. Dans l’immédiat cela passe par une meilleure participation dans toutes les instances décisionnelles au sein de notre parti afin d’arracher une plus grande représentation politique des femmes lors des différentes élections dans le pays. La visibilité des femmes dans la vie publique à l’échelle locale, régionale et nationale est une bataille importante. Car il faut bien admettre que les femmes sont très peu représentées au niveau des postes de responsabilité en politique et que les partis politiques dont le nôtre doivent constituer des locomotives pour faire évoluer la situation positivement et en finir avec l’insultante représentation symbolique à laquelle le système politique nourri aux sources conservatrices et rétrogrades a cloitré plus de la moitié de la population algérienne.

Votre organisation aura peu de chance de peser sur le cours des événements si elle ne consacre pas l’essentiel de son énergie pour intervenir sur le terrain. Il s’agit donc aussi pour cette nouvelle instance d’initier et de participer à l’élaboration des politiques sur les difficultés et les enjeux sociaux et économiques qui concernent la vie des femmes. Dans cette optique, le volet de la sensibilisation qui a pour objectif de faire progresser la prise de conscience collective dans le sens de l’égalité et de la justice doit être encadré, suivi et évalué régulièrement.

Nous devons agir dans le sens de la conquête de l’égalité dans la vie politique, au cœur du monde du travail dans le secteur de l’Etat et dans le secteur privé. C’est la condition pour faire avancer l’égalité dans la société et la vie sociale en particulier. Vous savez bien que ce ne sont pas des paroles en l’air ou de circonstances. C’est bel et bien notre projet de société. Nous parlons ouvertement de nos objectifs et de notre vision. Nos adversaires ne se trompent pas quand ils nous accusent de vouloir bousculer l’ordre injuste et rétrograde qui condamne la femme à n’être qu’une mère ou une épouse et non une citoyenne en premier lieu. Au RCD la liberté de débattre de tous les sujets est un fondement du Rassemblement, cela ne vaut que si nous transférons cette liberté dans la vie publique. C’est une partie de votre mission.

Pour cela vous avez la mémoire de la nation et les expériences universelles qui plaident pour l’abolition d’une citoyenneté de seconde zone. Il est en effet prouvé et admis depuis longtemps qu’une représentation équilibrée des femmes et des hommes dans les centres de décision et dans la conduite des regroupements humains est une condition nécessaire à une démocratie responsable et efficace. C’est également un atout pour la prospérité économique. Il n’y a pas de société développée, prospère et qui pérennise son rang construite sur la discrimination entre les hommes et les femmes. Il ne peut y avoir de société qui rentre par effraction dans le développement et le progrès ; c’est la citoyenneté et la garantie de l’application des mêmes lois pour tous qui libèrent les énergies et le génie des populations.

Chères amies

Cette rencontre constitue un autre moment fort dans la vie du parti. Faisons en sorte qu’elle le soit pour le pays d’autant plus qu’elle intervient à la veille de la célébration de la journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes. Nous savons tous que cette question est douloureuse pour de nombreuses femmes, elle est même érigée en tabou dans notre société par un ordre patriarcal reconduit par les forces du conservatisme qui alimentent un système aussi bigote que régressif.

C’est une question taboue parce que les victimes subissent d’autres violences, bien que symbolique, qui sont plus dures à supporter. Il s’agit justement de la pression de l’entourage, la honte et le regard des autres membres de la société. Bien qu’une loi ait été votée pour punir les auteurs des crimes, les femmes victimes dans la majorité des cas ne saisissent pas la justice. Si une loi est une avancée, elle ne peut suffire pour combattre un tel fléau si on n’intervient pas en amont sur l’environnement. Il est primordial de s’attarder sur la prévention en faisant jouer un rôle progressiste pour l’école et promouvoir un espace médiatique tolérant ; c’est-à-dire l’exacte contraire des abus et des intolérances que véhiculent beaucoup de médias. Dans cette longue lutte, le chômage massif des femmes, la pauvreté et la précarité participent pour alimenter la fragilité de cette frange de la société et la reproduction d’un modèle de famille qui opprime la femme.

Pour ma part je considère que le maintien de ce système rétrograde est le fait des choix du pouvoir. Je suis convaincu à travers mes visites et mes contacts dans toutes les régions du pays que la société est aujourd’hui mûre pour une égalité en droits entre les femmes et les hommes, et que la mobilisation de toutes nos énergies permettra de faire reculer tout ce qui s’y oppose encore à cette émancipation.

Vous avez les moyens de faire bouger les choses, nous avons les moyens de faire évoluer la situation. Chacune d’entre vous peut participer à son niveau d’abord en partageant nos idées, nos luttes et nos victoires et ensuite en vous rendant plus audibles et plus visibles. Ce n’est pas parce que ceux qui s’opposent à l’émancipation des femmes se font plus bruyants et plus visibles qu’ils sont automatiquement plus nombreux. Non, ils profitent de la démission de l’Etat, et des élites ainsi que des moyens des forces obscurantistes qui défendent d’abord leurs positions économiques. Ils profitent de toutes nos hésitations, j’allais dire de notre lâcheté collective.

Chères amies

Le combat pour l’égalité en droits et la fin de la discrimination est éminemment politique. En ce sens où il vise à un rééquilibrage dans la redistribution de la richesse nationale produite et dans les rôles des acteurs sociaux. Le RCD est un parti nait des luttes démocratiques pour prolonger la lutte pour la libération nationale.

Notre pays est aujourd’hui dans une phase critique. Le système politique qui a usurpé l’indépendance nationale a saigné le pays de ses richesses naturelles et de ses ressources humaines. Ces vingt dernières années ont été particulièrement effroyables, elles ont accentué la fuite des cadres, des étudiants algériens et des jeunes entamée dans les années 90 par la horde terroriste. Ces deux décennies ont vu aussi une extraction effrénée de nos ressources naturelles, en premier lieu des hydrocarbures qui sous prétexte de financer le développement ont, en grande partie, servi au maintien des équilibres politiques dans le système par la corruption et l’achat des consciences mais aussi à monnayer une forme de légitimité aux yeux des grandes puissances. Ce constat ruineux complique toute sortie de crise.

Notre rôle n’est pas de faire uniquement ce constat. Nos alertes quant aux dérives et fausses solutions conçues dans les laboratoires du système pour écarter le peuple algérien de la décision ont à chaque moment été accompagnées de propositions et à diverses périodes d’actions. Je ne dis pas cela pour prendre acte mais pour affirmer haut et fort que des solutions existent et que la perte d’espoir est précisément l’objectif poursuivi par le pouvoir pour promouvoir le binôme morbide du statu quo ou le chaos. Les entraves que subit la justice, les atteintes aux libertés et la violation des lois par ceux là mêmes qui les promulguent consacrent aujourd’hui l’arbitraire.

A moins de cinq mois des élections présidentielles, aucune lueur n’est venue éclaircir le brouillard qui assombri le devenir immédiat de notre pays. A défaut de débat sur les conditions d’organisation de cette élection, sur des visions d’avenir pour rompre avec l’échec et l’autoritarisme, sur des projets et propositions de sortie de crise, nous assistons un étalage public des luttes d’influence entre dirigeants sans légitimité et sans envergure. Leur objectif est de faire perdurer la culture politique ancrée chez les hommes du système qui fait que le chef de l’Etat doit être choisi en amont du scrutin et non pas légitimé par le sacre du suffrage universel pour donner au pays un exécutif fort.

Le temps est à la vigilance et à la participation de toutes les Algériennes et de tous les Algériens dans les mobilisations et luttes pacifiques pour les libertés publiques et syndicales afin de renforcer les segments d’émancipation et de progrès.

La remobilisation des femmes dans le combat politique est une condition pour le changement. Leur implication a de tous temps été décisive. Leur résistance durant les années de terreurs terroriste avait permis de relancer l’espoir et de hâter la victoire. Je suis convaincu qu’aujourd’hui aussi leur apport sera décisif pour faire sortir le pays de la crise qui s’est abattu sur le pays et qui s’aggrave de jour en jour à cause de l’entêtement des clans du pouvoir dont les luttes sont désormais sur la place publique à sauver le système au détriment de l’Algérie.

Merci de votre attention et bon courage dans vos travaux.

Mohcine Belabbas
Président du RCD

Zeralda, 24 Novembre 2018