Discours d’ouverture du Campus des jeunes progressistes

Mesdames et messieurs

Bonjour

Je vous remercie. Je vous remercie pour votre mobilisation dans ce Campus des jeunes progressistes devenu aujourd’hui une tradition annuelle. Je vous remercie de votre engagement en ces temps de régression et de renoncement qui tend à se généraliser de plus en plus en plus. Je vous remercie de ne pas céder au pessimisme ambiant et à la démission facile. Je vous remercie surtout de continuer à croire que le changement et le progrès sont possibles grâce à l’action, votre action.

C’est toujours un immense plaisir et même de l’émerveillement pour moi de vous retrouver et de vous écouter débattre durant ces rencontres. C’est effectivement merveilleux de vous voir réussir l’organisation de ce genre d’activités. Comme vous, j’ai participé dans ma jeunesse aux universités d’été du parti. Comme vous, j’ai participé à leur organisation. Comme vous j’ai appris beaucoup lors de ces activités. Pour moi, ces rencontres sont importantes parce qu’elles permettent de préparer la prochaine génération de dirigeants politiques. Celle qui prendra le relais de nos combats et de nos luttes mais aussi celle qui insufflera l’enthousiasme et l’espoir d’un meilleur avenir.

Oui, ce Campus des jeunes est un rendez-vous où les militants débattent avec des universitaires, des hommes politiques et des militants syndicalistes sur des thèmes qui préoccupent la société algérienne et la jeunesse en premier lieu. C’est un moment d’échanges libres et francs pour porter dans le débat public des problématiques structurantes et l’occasion pour nos jeunes d’acquérir ou de parfaire les instruments indispensables pour fructifier leur engagement militant en faveur du progrès et de la modernité. Les combats que nous menons ensemble et ceux qui vous attendent seront vains sans cet armement politique pour convaincre et construire le rapport de force pour la construction d’une Algérie démocratique et solidaire.

J’aurais aimé, bien évidemment, commencer mon discours par des propos optimistes sur la situation du pays et les perspectives attendues. Mais les drames que subissent les jeunes sont d’une acuité qui suscite d’abord la colère. Ces derniers jours, la presse espagnole rapporte que les garde-côtes de la péninsule ibérique sont débordés par l’arrivée quasi quotidienne et massive de haragas algériens sur des embarcations de fortunes qui échouent sur le rivage (Murcie). Une cinquantaine de ce types d’embarcation durant la première quinzaine de ce mois sans compter celles qui ont été interceptées en mer par les unités de l’Armée algérienne.

Durant cette même période Campus France a publié de nouvelles données sur les étudiants étrangers en France. Le nombre d’étudiants algériens qui partent poursuivre leur cursus universitaire ne cesse d’augmenter d’année en année. En effet, avec un nombre de 30 521 étudiants, contre 26 116 en 2017, les jeunes universitaires algériens en France représentent près de 10% du nombre global d’étudiants étrangers.

Ainsi le pays continue de se vider de sa substance pendant que le pouvoir ressasse ses chiffres surréalistes sur les réalisations du gouvernement. Une chose est cependant bien vérifiable : malgré le nombre sans cesse croissant de ceux qui partent ou qui fuient, ceux qui restent sont au chômage à hauteur de 30%, selon les données officielles. S’il faut un bilan de ces 20 dernières années ce tableau est à lui seul suffisant.

Cela nous renseigne sur l’échec et l’incapacité du système Bouteflika en 20 ans de règne à transformer le système de formation algérien pour le rendre attractif pour la jeunesse et préparer les cadres appelés à prendre les destinées du pays dans l’avenir.

Mais, il n’y a pas que le système de formation. Il y a aussi la faillite du système de santé visible de tous. Ce naufrage ne donne pourtant pas lieu à un changement de paradigme ou même à une réflexion sur une nouvelle vision pour sortir de l’entassement de mesures aussi inefficace les unes que les autres. Pire, aucun hôpital digne de ce nom n’a été construit durant ces 20 dernières années et les hôpitaux construit durant la colonisation ou ceux construit sous le règne de Chadli Benjdid sont aujourd’hui dans un état de délabrement avancé avec un volume et une qualité des soins qui ont largement régressé. Il y a aussi l’échec du système judiciaire d’abord à cause de l’absence d’autonomie de la justice qui a déteint sur toute la vie du secteur. Le nombre important de crimes non résolus, d’affaires judiciaires non élucidées à l’image des affaires khalifa, Sonatrach ou de l’autoroute Est-Ouest, le nombre important de détenus, l’abus de la détention provisoire, le nombre important de personnes qui croupissent dans les prisons sans aucun jugement à ce jour à l’image du journaliste Said Chitour dont la vie est en danger, de l’auto saisine à la carte épargnant systématiquement les suppôts du système. Ce ne sont pas des fatalités mais le résultat d’une politique. Il y a aussi la persistance d’un système bancaire archaïque qui décourage l’épargne des citoyens et les transactions bancaires sans oublier l’échec des banques privées.

En un mot, si notre agriculture ne nous nourrit pas, si nos usines sont qualifiées de quincaillerie, si nos villes sont sales, si les touristes nous boudent et si notre économie est réfractaire à l’usage des nouvelles technologies, c’est le résultat d’une politique de gestion de la rente au profit du maintient d’un système de privilèges et d’assistanats antinomique avec la planification, la liberté d’entreprendre et la rétribution du mérite.
Chers amis

Nous sommes aujourd’hui réunis non pas pour faire des constats mais vous le savez tous, ceux qui embrassent très tôt, dans leur vie, un combat politique pour changer le cours des évènements sont ceux-là mêmes qui sont les mieux préparés à agir pour le changement. Nos enfants et l’avenir de notre pays nécessitent un redressement qui inclut la construction d’une économie qui fait de la croissance, qui crée des emplois, qui assurent les qualifications et qui protège le citoyen.

Vous le savez, en plus des conditions matérielles précaires faites aux larges couches sociales, le règne de Bouteflika a mis à mal les ressorts de notre société, par l’usage immodérée de la rente et de l’achat des consciences. Durant cette rentrée universitaire, les étudiants confrontés à un système d’orientation autoritariste et à des conditions d’études et d’hébergement précaires ne s’organisent plus pour améliorer ces conditions ou en imposer d’autres mais s’orientent vers la recherche de solutions individuelles par des circuits détournés. Ce n’est pas propre à l’université mais cet état de fait n’est pas rassurant. Partout, les Algériens se détournent des solutions collectives pour renforcer les méandres du système.

Pourtant nous savons tous que les solutions pérennes existent. Elles sont collectives ou ne seront pas, vous savez aussi qu’un pays se construit et se maintient en défendant l’intérêt général. Mais il faut que tout le monde ou, du moins, la majorité le sache et ensuite soit convaincue : C’est cela qui nous réunit et c’est ce travail que nous devons accomplir. C’est difficile mais c’est exaltant !

Souvent j’entends des questionnements sur le 5éme mandat. Aura-t-il lieu ou pas ? Souvent j’entends des propos dépités qui suggèrent le retrait ou le renoncement à l’action militante et à l’action politique au motif qu’il n’ya rien à faire ou que tout est verrouillé.

Pour moi, il ne s’agit pas de répondre à de telles questions car la seule question qui vaille est de savoir si nous aurons le courage d’agir et de réunir les moyens et les forces de façon collective avant qu’il ne soit trop tard. C’est de la réponse à cette question que naitra la trajectoire que prendra notre pays. Notre engagement collectif dans cette voie aura un impact certain sur l’avenir de vos enfants et de vos petits-enfants. Ce dont nous avons besoin, c’est d’une mobilisation solidaire de tous les patriotes algériens, car c’est ce que l’ampleur du défi exige. Si nous arrivons à surmonter les peurs et les réticences pour unir nos forces, nous pouvons alors jeter les bases de la construction d’un avenir de progrès pour votre génération. Deux générations ont été sacrifiées. Agissons pour que votre génération et les générations futures ne connaissent pas le même sort. Ce que je dis n’est pas d’ordre moral même si je l’ai présenté sous une forme de vœux. Il n’y aura aucun salut en dehors de l’action collective et de la recherche de l’intérêt général, c’est une leçon de l’histoire. Toute chose que le système Bouteflika s’est acharné à détruire dans la jeunesse en particulier.

Dans ce camp de formation, vous avez programmé plusieurs ateliers pratiques pour unifier les rangs en termes de niveau de connaissance dans l’organisation et la communication. Vous allez aussi débattre de la gouvernance et du développement économique. Pour le RCD, il ne peut pas y avoir de développement sans réformes structurelles profondes pour que le système économique récompense le travail, l’innovation et l’effort. C’est tout le contraire d’un système bâti sur le traitement des urgences et l’usage de la rente pour acheter la paix sociale.

Mais aujourd’hui, à force d’user et d’abuser d’une disponibilité conjoncturelle de liquidités grâce à un prix du baril exceptionnel et l’extraction effrénée de matières premières non renouvelables, l’Algérie n’arrive plus à financer son modèle de consommation. Le recours à la planche à billet décidé à la hussarde ne suffit pas aussi. La baisse drastique du pouvoir d’achat, la remontée du chômage et la menace sur l’indisponibilité des intrants importés qui font fonctionner le peu de production de nos usines et de notre agriculture au moment où des puissance étrangères ne se bousculent plus pour avoir les faveurs d’Alger semblent décider le système politique à user davantage d’autoritarisme pour décourager ses segments les moins réfractaires à des aménagements dans la conduite des affaires publiques pour tenter de sortir d’un statuquo mortifère. Les purges opérées dans le commandement de l’Armée et de la police, la reconfiguration des dispositifs humains à la tête d’institutions névralgiques comme l’Assemblée indiquent qu’il y a une volonté, pour ne pas dire un scénario, pour préparer les conditions d’une autre reprise en main avant ou après l’échéance présidentielle du début de 2019.

Chers amis

Des sujets importants bloquent aussi notre développement et l’accès à la modernité qui suppose la capacité collective à appréhender ces blocages avec la rationalité requise. La question du vécu religieux est l’un de ces sujets. L’érection de l’Islam en religion de l’Etat et le bannissement de l’enseignement de l’histoire des religions dans les programmes scolaires au lendemain de l’indépendance a donné lieu à son instrumentalisation pour des fins de pouvoir mais aussi à la constitution de groupes qui contestent la lecture coranique des gouvernants. Les surenchères qui s’en sont suivies alimentées par des connexions extranationales nous ont conduits aux massacres des années 90. Dans aucune période historique, le retour aux traditions, religieuses ou non, n’ont constitué des vecteurs de modernité. La pratique religieuse en islam saura-t-elle s’adapter pour concilier spiritualité, droits de l’homme et appropriation des progrès scientifiques ? Le débat ne doit pas concerner que les initiés et les érudits, tout au moins dans certains aspects. Une chose est sure, ce n’est pas en livrant nos jeunes, déjà désarmés par l’idéologisation de la religion par l’école, à tous les prédicateurs-charlatans des médias lourds et du net que l’on peut espérer construire la citoyenneté et la primauté des lois civiles ici-bas.

Vous devez être fiers d’appartenir à un parti qui met au centre de ses activités le débat et l’action. Vous devez aussi saisir l’opportunité d’y participer pleinement. Je vous invite à le faire.
Je vous remercie et vous souhaite réussite dans vos travaux

Bejaia, 26/10/2018